RACINES
L’ouvrage Roots: The Saga of an American Family by Alex Haley (1976), et la série télévisée qui en a découlé, ont accompli ce que certains Américains d’ascendance africaine souhaiteraient réaliser: retracer des liens généalogiques précis au-delà de l’esclavage, remontant à une famille, une lignée et un lieu spécifiques en Afrique. Un tel exploit réaffirmerait l’identité, renforcerait l’estime de soi et ennoblirait les origines africaines.
M. Haley a retracé son ascendance jusqu’à Kunta Kinte, son arrière-arrière-arrière-grand-père, né vers 1750 à Jufure, en Gambie. Capturé par des chasseurs d’esclaves, vendu à des négriers, Kunta Kinte fut transporté en 1767 vers l’une des treize colonies qui allaient devenir les États-Unis d’Amérique.
Aujourd’hui, aux États-Unis, l’émission télévisée du professeur Gates, “Finding Your Roots with Henry Louis Gates, Jr.“, utilise des archives historiques et des analyses ADN pour identifier la lignée de ses invités. Un invité d’ascendance européenne pourrait ainsi apprendre que ses ancêtres vivaient dans un village particulier d’Allemagne où la famille est documentée sur deux cents ans. Le premier membre de cette famille serait arrivé à New York le 28 juillet 1779.
Pour des invités d’origine asiatique, les mêmes outils pourraient révéler une histoire familiale remontant, par exemple, à cent cinquante ans dans un village du Fujian, en Chine.
BRANCHES
Depuis la fin de la domination coloniale européenne sur l’Afrique dans les années 1960, un flux constant de jeunes Africains se rend aux États-Unis, dans les pays des anciens colonisateurs, au Moyen-Orient, ainsi que dans d’autres pays africains, à la recherche d’opportunités. Ils constituent les dernières branches de l’Arbre Familial Africain, les nouveaux Africains de la Diaspora.
Une petite proportion de ces nouveaux Africains de la Diaspora finit par s’installer définitivement dans leurs pays d’accueil. Comme tout autre citoyen, ils y laisseront des empreintes: date et point d’entrée, obtention d’un permis de conduire, emploi, ouverture de comptes bancaires, participation aux élections, fondation d’une famille, achat d’une maison, ou recensement. Ces empreintes raconteront l’histoire de ces nouveaux Africains de la Diaspora dans leurs pays d’adoption. En 2095, une arrière-arrière-petite-fille utilisera ces données pour retracer son arbre généalogique.
| Pour surmonter cette difficulté, davantage d’Africains de la Diaspora devraient faire ce que certains font déjà: léguer à leur postérité des informations sur la partie africaine de leur ascendance, afin que leurs générations futures puissent retracer avec précision leurs racines jusqu’en Afrique. |
Mais malgré l’amélioration de la tenue des archives, ces nouveaux Africains de la Diaspora rencontreront toujours des difficultés à retracer leur lignée à l’intérieur des pays africains.
Bien que cela ne compensera pas le manque d’informations concernant les Africains arrachés à l’Afrique à l’époque de l’esclavage, cela constituera une petite amélioration.
ARBRES
M. Haley et le professeur Gates donnent du pouvoir à leurs sujets en tentant de retracer des origines africaines, des racines africaines. À l’avenir, les Africains d’Afrique pourraient souhaiter retracer les branches de leur arbre généalogique établies de longue date au Minnesota aux États-Unis, à Ottawa au Canada, à Liverpool en Angleterre, à Bonn en Allemagne, à Lyon en France, à Belo Horizonte au Brésil, à Canton en Chine, ou à Sydney en Australie. Entre autres, ce sera une manière d’affirmer la présence volontaire de l’Afrique dans une communauté mondiale.
Il existe commodément de nombreux modèles gratuits d’Arbres Généalogiques facilement accessibles. Toute personne ayant accès à un ordinateur et à internet peut télécharger l’un de ces modèles, le remplir et en transmettre des copies aux membres de la famille résidant à l’étranger et en Afrique. Certains pourront souhaiter construire leur propre arbre généalogique, peut-être en raison de la complexité découlant de réalités telles que la polygamie, qui fait partie de la tradition dans de nombreux pays africains, ou, à notre époque, de la monoparentalité. Les Arbres Généalogiques n’ont pas à être transmis au gouvernement. Ils sont simplement conservés au sein des familles dans l’espoir qu’ils pourront un jour donner des clés à une arrière-arrière-arrière-petite-fille en 2095.